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Janus - Interview Van Winsen et Cady par Cubik

Interview de Régis Van Winsen (dessinateur) et Virginie Cady (scénariste), à l'occasion de la sortie de "La compagnie des ombres", premier tome de la série Janus, chez Nucléa².
Interview réalisée par cubik.


  • Virgine Cady, Régis Van Winsen, bonjour. Est-ce que vous pouvez présenter un peu votre parcours? Régis, j'ai trouvé ta bio sur le Web, mais Virginie, rien du tout.

    Virginie Cady: C'est normal que tu n'aies pas trouvé ma bio, parce que voilà, j'ai une vie absolument misérable. Il s'est rien passé depuis ma naissance. Non en fait, mon parcours est très éclectique. J'ai fait des études de lettres assez poussées que j'ai arrêtées pour faire de la bd (rires). Entre finir mon doctorat et faire de la bd, j'ai choisi de faire de la bd. Je sais pas si j'ai bien fait. L'avenir le dira. Sinon, j'enseigne le scénario dans une école de cinéma qui s'appelle 3IS. Et puis je suis une lectrice depuis l'age de 4 ans, quand j'ai piqué les vieux Pilote de ma mère dans le grenier, où je suis tombé sur Philémon de Fred et je suis resté en arrêt devant pendant des heures. Voilà, j'ai commencé la bd à cet age là et j'ai pas arrêté d'en lire depuis.

    Régis Van Winsen: Ben moi, il parait qu'on sait déjà tout, non? J'ai fait une première, et une terminale A3 arts graphiques. Puis j'ai fait une école privée d'art à Paris, une préparation aux autres concours, un peu plus générale, que j'ai loupée d'ailleurs...



  • J'ai vu que tu as raté l'entrée aux Gobelins?

    R.V.W.: Ouais, ça c'est mon grand regret. J'ai qu'un seul regret, c'est celui là, d'avoir frolé l'entrée aux Gobelins. J'étais sur la liste d'attente et puis voilà, ça s'est pas fait. En fait, j'étais autant passioné de bd que de dessins animés à l'époque. Je suis toujours dessins animés. Mais en même temps, avec le recul, je sais que j'aurai pas aimé travailler dans le dessin animé puisqu'on est qu'une pièce au milieu des autres. Mais la formation m'avait bien intéressé au niveau de la technique, qui des fois me manque un peu puisque je suis assez autodidacte au niveau du dessin, bien que j'aie fait une école de graphisme, où après la première année en fait, tu ne fais plus que beaucoup d'ordinateur, de mise en page, de trucs de pubs qui ne m'intéressaient pas à l'époque, et donc, j'ai beaucoup moins suivi. En fait, à l'époque, je voulais vraiment apprendre les bases du dessin, de la peinture et tout ça. Et j'ai eu que la première année qui m'a satisfait. Donc voilà, je pense que les Gobelins m'ont manqué parce que je pense qu'au niveau de la formation technique, c'est vachement bien.



  • Donc, pour vous 2, la bd était un objectif très tôt?

    R.V.W.: Ouais, ouais.

    V.C.: Pas vraiment l'objectif en fait. J'ai toujours été persuadée, parce que les auteurs que je lisais étaient souvent à la fois scénariste et dessinateur, des gens comme Franquin, Gaston Lagaffe a été mon livre de chevet pendant très longtemps... donc j'étais persuadée qu'il fallait savoir dessiner pour pouvoir faire de la bd. Alors je m'étais dit tiens, je vais écrire, peut-être faire des scénarios de cinéma mais j'imaginais pas faire de la bd avant qu'on me le propose. Je pensais que je pouvais pas en faire, tout simplement, que j'avais pas la capacité d'en faire donc je regardais ça de loin. Et le jour où on m'a dit "mais si si, il y a des scénaristes qui font que scénariste et qui dessinent pas", ça a été une sorte de déclic.



  • Et comment vous êtes arrivé à la bd, chacun de votre coté?

    R.V.W.: Moi, le hasard le plus total puisqu'en fait, je dessinais des planches pour moi mais j'étais pas arrivé au stade où j'avais décidé que je pourrai démarcher. Je me disais "C'est pas assez bon. J'irai pas démarcher encore les éditeurs.". Et je pense que ça aurait pu durer des années et j'aurai toujours pas démarché si par hasard, j'avais pas répondu à une petite annonce minitel qui demandait des dessinateurs de bd, mais j'ai cru que c'était pour un travail publicitaire. Comme j'en avais déjà fait beaucoup pour des boites de communication, pour de la pub, je m'étais dit "Voilà, ça remet pas en cause tous mes doutes et tout ça, c'est du dessin... c'est pas de la bd pure.". Et en fait, quand je suis arrivé avec toutes mes planches et tout ça, c'était une petite boite d'édition qui se montait, qui s'appelait Zone Créative. Ils voulaient faire un ouvrage collectif. Et ils ont publié mes premières planches.

    V.C.: Et pour moi, ça a été aussi un hasard puisque Nicolas Mitric avec lequel j'ai commencé était le meilleur ami de mon mari. Et à l'époque, je finissais mon mémoire de doctorat et je faisais mon mémoire sur le sorcière dans la littérature du XXème siècle et que pour ça, j'avais eu affaire au Graal. Et comme il avait un projet de bd qui parlait du Graal, il m'avait demandé de relire son scénario avant de l'envoyer aux éditeurs. Et quand je l'ai relu, j'ai dit "Oh oh". Donc il m'a demandé de retravailler dessus. Et puis bingo! Comme ce que j'avais fait lui a plu, il m'a demandé d'être sa co-scénariste. Donc j'ai commencé comme ça. Il faut savoir que moi, j'avais travaillé avec un ami qui a fait Louis Lumière, sur des scénarios de court-métrages avant. Donc mon expérience du scénario était d'abord venue du cinéma.



  • Comment vous êtes-vous rencontrés?

    V.C.: Aaaaaah (rires).

    R.V.W.: Dans une boite de nuit, une boite à partouze. Je l'ai vue et voilà.

    V.C.: Il était nu et...

    R.V.W.: Et nu, je suis impressionant.

    V.C.: Ah ouais, ça je dois dire, c'est vrai qu'on le dirait pas...

    R.V.W.: Ca se voit pas du tout, mais c'est la réalité.


    V.C.: Voila! Non en fait, c'est par Yves Cholet.

    R.V.W.: De ma 2ème boite d'édition qui était Nucléa 1.

    V.C.: Qui me connaissant et connaissant Régis, connaissant nos caractères, a trouvé qu'on ferait un plutôt beau couple.

    R.V.W.: Parce qu'en fait, j'étais à la fin de ma première bd qui était une expérience intéressante, mais qu'on ne voulait pas poursuivre, ni moi ni l'éditeur. Donc j'étais "libre de création". Donc avec l'éditeur, Nucléa, je voulais partir sur un nouveau projet. Sauf que j'avais des idées, mais je me sens pas encore... Je voudrais faire mes propres scénarios surement plus tard, mais là je sais que j'ai pas encore la capacité à les développer. Mais j'avais quelques idées. Donc il m'a mis en relation avec Virginie qu'il venait de rencontrer, et qui, elle, avait plein d'idées et pleins de scénarios. Et en fait, Virginie avait un scénario sous le bras, qu'elle m'a fait parvenir mais qui n'était pas mon univers. Qui était de la science-fiction déjà et moi je sortais d'un truc de science-fiction et je voulais plus en faire. C'était pas ma came, c'était pas mon truc. Par rapport au graphisme aussi que je fais, que j'ai envie de développer, c'est pas possible l'univers technologique et tout ça pour moi. Ca m'éclate pas. Et donc, on s'est quand même rencontré avec Virginie parce qu'il y avait un bon contact au téléphone. Et puis j'ai trouvé que même si je me sentais pas sur son scénario, son scénario était bien foutu. Donc on s'est rencontré. Et elle m'a demandé vers quoi je tendais, ce que j'avais envie de faire dans le genre. Et moi j'avais une très vague idée d'un truc, en 1900, j'avais des idées... Et je lui ai émis. Et mademoiselle, en quelques semaines ou même jours, m'a pondu assez rapidement un synopsis qui m'a énormément plu. Voilà.

    V.C.: Ce que tu oublies de dire, c'est qu'au téléphone, tu m'as donné 3 mots clé qui tout de suite ont fait tilt. Il m'a dit "Belle époque", "Pulp" et "genre Louis Feuillade" et j'adore Feuillade.

    R.V.W.: C'était les feuilletons du début du siècle, genre Feuillade, Fantomas. J'ai dit que j'aimerai bien faire en bd un truc dans cet esprit, un peu plus délirant.

    V.C.: Et belle époque, moi j'adore. J'adore l'architecture de l'époque, la mode, les costumes de l'époque, la littérature de l'epoque. J'aime beaucoup Marcel Proust par exemple. Donc tout de suite, ça a fait tilt. J'ai dit "ouais, super!" et ça m'a vraiment beaucoup inspiré. En plus, Yves m'avait fait cadeau des portes d'Arzhal, sa première bd et j'ai trouvé qu'il y avait des qualités d'expressivité sur les personnages.

    R.V.W.: Y avait un potentiel.

    V.C.: Il y avait un gros potentiel.

    R.V.W.: Avec beaucoup de travail, en dégrossissant, on arriverait à le sauver. (rires)

    V.C.: Donc voilà. Quand je suis arrivé au rendez-vous, on a parlé tout l'après-midi, on a comparé nos gouts. Et il s'est avéré qu'on avait exactement les mêmes gouts.

    R.V.W.: Et très vite, on s'est rendu compte qu'on tendrait vers un même genre de projet, qu'on avait envie de faire un truc qui était en même temps divertissant, avec une intrigue assez complexe mais qui ne prendrait pas la tête. Vraiment dans l'esprit des feuilletons du début du siècle. C'est vraiment ça l'esprit. On était d'accord sur ça. Je pense que cétait vraiment l'essentiel. Que ce soit ni un truc super sombre, super sérieux, ni une grosse déconnade. Que ce soit un truc léger, mais passionant, on l'espère.



  • Avant de commencer à parler de Janus plus directement, on peut revenir sur vos anciens travaux?

    R.V.W.: Bien sur. Ca y est, on est revenu, on s'en va (rires).



  • Les portes d'Arzhal, c'est fini donc?

    R.V.W.: Les portes d'Arzhal, je ne me souviens même plus de ce que c'est (rires).



  • Et Arkeod?

    V.C.: Ben Arkeod pour moi, c'est fini. Je sais pas après. Faudrait demander à Nicolas Mitric ce qu'il compte faire pour la suite.



  • Je sais qu'il cherchait un dessinateur pour reprendre le dessin.

    V.C.: Je ne suis pas au courant.

    R.V.W.: C'est moi! (rires)

    V.C.: Oui oui, sans doute. Je ne sais pas. Je suis sortie du projet après le tome 2.



  • Parlons de Janus alors. Pouvez-vous présenter la bd?

    R.V.W.: Alors là, Virginie. C'est elle qui parle le mieux.

    V.C.: Ah ben non, pas forcément, tu parles bien aussi.
    Alors, en fait l'histoire, c'est un jeune aristocrate qui s'appelle Léopold Duguet De Gyges. Il faut bien prononcer "Guygesse" parce que ça vient du grec et ça a une importance pour les références mythologiques. Il est fan de spiritisme au début du XXème siècle. Et il participe un soir à une réunion spirite avec une comtesse russe, enfin une fausse comtesse russe. Pendant cette scéance de spiritisme, il y a un petit incident. ET quand il rentre chez lui, il se rend compte qu'il est mélangé, enfin collé, en tout cas qu'il traine un boulet qui est l'esprit d'un homme qui vient du XIVème siècle. Et que ce fantôme, cet esprit, il peut plus le lacher. Et puis, par un concours de circonstances fortuit, ils vont découvrir que quand ils sont mélangés l'un avec l'autre, que quand l'esprit rentre à l'intérieur de Léopold, leurs forces se cumulent, et en fait ils ont des sortes de super-pouvoirs, qui vont après peut-être se développer, devenir de plus en plus puissants en fonction des tomes, des évènements, etc... En tout cas, grace à ce phénomène là, il a des pouvoirs qu'il n'a pas quand il est Léopold tout seul, parce qu'il est un peu lavette quand même, comme garçon quand il est tout seul.

    R.V.W.: C'est un dandy un peu.

    V.C.: Voilà, c'est un dandy. Il est très Swann.



  • Les pouvoirs, on ne les voit pas trop dans le premier tome, enfin moi j'ai eu le scénario sans les images.

    R.V.W.: Exactement, mais ça ne se voit pas non plus trop avec les images dans le premier tome, puisque le premier tome pose vraiment les choses. Enfin dans le premier tome, t'es obligé. Il y a vraiment beaucoup de choses à mettre en place, doucement parce que c'est quand même assez complexe la relation entre le fantôme, celui qui possède le fantôme et puis le méchant a le même problème, on va dire. C'était assez long à mettre en place pour bien tout comprendre. Et vraiment, tout ça va éclater dans le 2ème. C'est ça un peu le principe.

    V.C.: Et puis le principe aussi, c'est que je ne voulais pas faire quelque chose de caricatural parce que quand même, j'ai pas une culture comics extrème. Enfin, j'ai lu Superman, Mandrake, des trucs comme ça quand j'étais petite...

    R.V.W.: C'est moi qui tire vers ça.

    V.C.: Voilà c'est lui qui tire vers ça, et c'est vrai que je voulais qu'il y ait une vraie densité psychologique aux personnages, que ce qu'ils font soit justifié, qu'il y ait une vraie existence de motivations et que tout ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe. Parce que j'aime bien Spider-man, mais quelque part, ça me choque un peu que, juste le lendemain de sa piqure, il ait des super-pouvoirs. Et c'est vrai que ce qu'ils ont fait dans le film, c'était bien...

    R.V.W.: Et c'est "où les toiles s'accrochent?". Quand elle lit Spider-man, elle se demande où ça s'accroche. C'est casse-couille (rires). Nous quand on le lit on s'en fout. Ca s'accroche, ça s'accroche.

    V.C.: Ca doit être mon coté pinailleuse. Mais par contre, c'est ce que j'avais bien aimé dans le film. D'ailleurs, c'est le premier tiers du film que je préfère, c'est quand il découvre ses pouvoirs, et qu'il apprend à les manipuler, etc... Et c'est ça que j'avais envie de faire, enfin pas comme Spider-man, parce qu'il va pas projeter des toiles d'araignée, jamais de la vie...

    R.V.W.: C'est surtout que j'ai quand même pas un graphisme très Marvel (rires). C'est ça qu'il faut préciser.

    V.C.: Quoiqu'en même temps, là il a pas encore trouvé sa tenue de super-héros, mais bleu et rouge, finalement, c'est assez joli...

    R.V.W.: Avec un S, je crois que c'est parfait.

    V.C.: Ouais, Super-Janus (rires).



  • Au départ, les personnages sont quand même un peu clichés: un dandy, une comtesse, un preux chevalier à la Braveheart....

    R.V.W.: Comme tu n'as eu que le scénario, tu l'as peut-être ressenti comme ça, mais dans la bd, c'est des clichés qui sont posés exprès comme des clichés, parce qu'on joue avec, en fait. Ils sont pas clichés parce que c'est un cliché. Je pense qu'on a fait exprès tous les 2 de les traduire au début un peu cliché, justement pour pouvoir retourner un peu les situations, pour jouer de ces clichés et s'en moquer. Je pense que plus la bd avance, et surtout dans le tome 1, on s'aperçoit que les gentils ont pas l'air si gentils, les méchants sont pas si méchants, et que c'est un peu plus complexe que ça. Sauf que ça vient tout doucement, parce qu'en effet, il y a beaucoup de choses à poser et qu'à la fin du premier tome, tout ça est bien en place. Ca va nous permettre sur le deuxième de vraiment rentrer dans le feu de l'action. Mais c'était complexe. On voulait surtout pas que les lecteurs loupent des trucs, parce que Virginie complique beaucoup les choses. Elle a beaucoup de choses à dire. Et il fallait que tout soit bien mis en place. Donc c'est vrai qu'au début, ça parait peut-être un peu cliché, le dandy, la comtesse, le gentil fantôme érudit et le vilain méchant. C'est un peu plus complexe. Il y a une deuxième lecture à faire (rires).

    V.C.: Surtout qu'il n'y a pas un seul des personnages qui est vraiment ce qu'il paraît être. Mais ça, on ne va pas s'en rendre compte tout de suite.

    R.V.W.: Le but était de ne pas tout dire dans le premier tome. On espère avoir simplement alléché. Et c'est vrai que les trucs de super-héros, à part une case dans la bd où je fais un clin d'oeil à l'univers Marvel avec le graphisme que j'ai, il n'y a rien qui parle des super-pouvoirs qu'il va pouvoir développer, et tout ça. Tu vois, on va peut-être lui créer un costume dans le deuxième tome. Il en est même pas question dans le 1. Donc ça reste un peu plus classique dans le 1, justement pour d'autant plus surprendre dans le deuxième, où ça va un peu plus se barrer en .... je peux utiliser le mot couille? (rires). Y a que ça qui m'est venu. Enfin voilà, un peu plus barré en couille. Pour l'instant, comme a dit Virginie tout à l'heure, elle voulait poser ça, bien qu'après ça va devenir un peu plus délirant, elle voulait que ce soit quand même posé sur des bases très réelles: l'époque, la situation, etc... Et donc il fallait les poser. Et c'est le travail de ce premier tome.

    V.C.: Oui et puis, plus ce sera solide, plus on pourra délirer par la suite. C'est comme la "Ligue des Gentlemen Extraordinaires". Dans la "Ligue des Gentlemen Extraordinaires", le parti pris, il est "extra-ordinaire". C'est à dire que mélanger tous les super-héros, on pourrait ne pas adhérer au truc. Ca pourrait paraître complètement barjot, complètement délirant. On pourrait très bien se dire "c'est gadget". Et ça marche super bien parce que les personnages ils existent. Ils ont une psychologie, ils ont une profondeur... Sauf que là, ils existaient avant la bd. Mais ils ont su les rendre cohérents, par rapport à ce qu'ils étaient sous la plume de leurs auteurs d'origine.



  • Justement, sur vos influences, parce qu'en lisant le scénario, j'ai des séries qui me sont venues à l'esprit comme des comics comme "No Honor", des mangas comme"Shaman King", la "Ligue des Gentlemen Extraordinaires" justement ou même "Batman", avec le majordome anglais qui m'y a fait pensé tout de suite...

    R.V.W.: Alors la "Ligue des Gentlemen Extraordinaires", moi j'en suis influencé, c'est clair. Pour "Batman", c'est un clin d'oeil parce que vraiment, dans le 2ème, il va y avoir d'autres clins d'oeil à "Batman". Ca, c'est des vrais clins d'oeil. Par contre, sans prétention, vraiment, quand on me demande actuellement "qu'est-ce que c'est cette bd? comment elle va être?", j'essaye de situer, mais je suis pas à leur niveau, c'est juste pour essayer de faire comprendre, je réponds souvent que c'est un mélange entre "la Ligue des Gentlemen Extraordinaires" et "Adèle Blanc-Sec" de Tardi. Je me compare pas à eux. C'est pas ça mon propos.



  • Il y a quand même un marge entre les 2.

    R.V.W.: Oui il y a une marge, mais il y a du fantastique dans les 2, à une époque où on attend pas de fantastique.

    V.C.: Et puis il y a un coté second degré. Nous ce qu'on voulait, c'est qu'il y ait vraiment un coté second degré, de l'humour, que ce soit très distancié...

    R.V.W.: Il n'y a pas une si grande marge, je trouve, entre les 2.

    V.C.: Il y a un ton.

    R.V.W.: Adèle Blanc-Sec, c'est bien délirant à sa façon. Il y a du fantastique avec des trucs... Bon c'est pas la réunion de héros de roman comme dans la "Ligue des Gentlemen Extraordinaires", mais je trouve que le ton, mis à part qu'il y en a un, c'est la version américaine et l'autre la version française, c'est pas si éloigné pour moi. Moi ça m'éclate autant, les 2. Donc je suis extrèmement influencé par ça, c'est sur. Sans vouloir copier, j'espère qu'on n'a pas copié...

    V.C.: Si on veut sortir des références bd, moi j'ai beaucoup de références littéraires pour les dialogues, pour le son des dialogues. Moi je suis une grande fan de Desproges. J'adore l'humour de Desproges. Et puis j'aimais beaucoup aussi comme dialoguiste Audiard, des gens comme Jeanson aussi ou Guitry (NDR: Les noms ont été corrigés par rapport à l'interview audio, suite à la demande de Virginie, honteuse de sa boulette d'avoir confondu les réalisateurs et metteurs en scène avec les dialoguistes >) ) qui ont fait des dialogues vraiment géniaux. Et puis aussi bien sur, j'en parlais tout à l'heure, Proust, parce que c'est vraiment l'époque. Et puis il y a un humour chez Proust, qu'est pas toujours senti parce que quand on l'étudie à l'école, c'est pas ça qu'on pense à expliquer aux élèves en premier. Je trouve ça un peu dommage. Il y a un humour qui est méchant. J'aime bien ce qui est un peu méchant en fait (rires).


  • Un peu sadique?

    V.C.: Ouais. Enfin surtout très ironique, très moqueur. Je trouve que le politiquement correct, c'est gonflant. J'aimais beaucoup Jean Yanne qui est malheureusement disparu hier. J'aime bien ce genre d'humour. Bon, je suis pas à leur niveau non plus, mais j'aime bien ce ton là. J'aime bien le ton un peu méchant, un peu cynique, un peu ironique. J'aime bien quand ça casse un peu (rires). Voilà, je suis méchante.

    R.V.W.: Mais Janus, ça casse à mort.(rires)

    V.C.: D'ailleurs, on passe notre temps à se casser l'un l'autre.(rires) Non ça casse pas. Mais c'est vrai que le ton très ironique, très second degré, j'aime bien.

    R.V.W.: On espère que ce sera un peu senti... T'as pas l'air persuadé (rires).
    En plus, il y a un parti pris de mise en scène, sur lequel on s'est mis d'accord dès le départ. On a vu ça un peu comme une petite pièce de théatre. D'abord graphiquement la mise en scène, et même au niveau du ton, c'est très ... comme quand les acteurs de théatre déclament, un peu. C'est un peu ça l'esprit dans le dialogue, du moins je l'ai un peu senti comme ça. Donc un peu surjoué mais pour s'en moquer. Moi j'ai traduis ça visuellement. Les mises en place, les cadres, il y a pas de pirouette de caméra, pratiquement aucune contre-plongée. Moi j'ai vu ça comme un petit théatre.



  • J'ai senti ça, mais je n'avais que les dialogues, donc c'est normal....

    R.V.W.: Ben, c'est renforcé par le visuel. C'est vraiment traduit comme ça. Même à un moment, il y a une scène de duel. Elle me l'avait décrit bien plus en cinémascope. Et là, j'ai carrément enlevé tout décor, et c'est présenté comme un petit guide d'escrime simplement. Et c'est vraiment parce que je voyais ça toujours comme un petit guignol, une petite pièce de théatre. C'était vraiment l'esprit sur lequel on s'était mis d'accord.



    V.C.: C'est vrai qu'il n'y a pas vraiment d'effets spéciaux. C'est une bd garantie sans aucun effet spécial.

    R.V.W.: Pas trop d'effets spéciaux, pas trop de caméras... Il y a pas trop de moyens en fait (rires).

    V.C.: Ah si si, il y a un peu de pyrotechnie à la fin. Il y a du feu. Ca brule. D'ailleurs on a eu un peu de mal à l'éteindre. C'était un peu balaise.



  • Est-ce que c'était pour renforcer l'ambiance de l'époque? Parce que l'histoire aurait pu être transposé dans une époque plus récente. Le coté ironique serait peut-être même plus passé...

    R.V.W.: Oui c'est ça. Ca se passe à peu près entre 1900 et 1905. Non attends, il faut être précis. En 1904 parce qu'il y a la tour Eiffel. C'est pas 1900. Et c'était vraiment pour donner le ton "époque". Les dialogues, le parti pris graphique, c'est ça. C'était notre but. Est-ce que c'est réussi? Le public nous le dira.

    V.C.: Oui et puis il y a aussi des scènes qu'on ne pourrait pas faire de nos jours. Par exemple, la scène dans le bordel, elle est impossible à faire de nos jours tout simplement parce qu'ils n'existent plus, les bordels. C'est interdit.

    R.V.W.: Aahhhh d'accord.... (rires)



  • Ca aurait aussi pu être plus récent sans être de nos jours. Par exemple, dans les années 60, justement tout à l'heure, tu parlais d'Audiard, dans une époque "Tontons Flingueurs", ce serait très bien passé...

    V.C.: Mais en fait, je suis un peu monomaniaque de l'histoire. J'aimais bien le coté histoire. J'aimais bien avoir à faire des recherches de documentations. (rires)

    R.V.W.: Alors, à son grand regret, je ne suis pas un dessinateur réaliste, on va dire.

    V.C.: Oh non, au contraire.

    R.V.W.: Et moi j'ai un parti pris aussi... Je me suis beaucoup documenté, mais jamais j'ai recopié, parce que j'ai pas un dessin qui permet le détail et tout ça. Et puis c'est pas mon intérêt. Moi je ne recherche simplement que le climat. S'il y a un téléphone, c'est pas grave si le modèle de téléphone n'existait pas. Si les gens en lisant pensent que le téléphone était comme ça, moi en dessinant, je pensais qu'il était comme ça, si ça fait dans le genre de l'époque, ça va.

    V.C.: Bah, tant que t'as pas dessiné un cellulaire, tout va bien.

    R.V.W.: Voilà, enfin j'ai dessiné des sans-fil à un moment (rires). MAis bon, je m'en fous un peu que ce soit vraiment le téléphone qui existait vraiment, en 1900, 1905. C'est pas mon propos. Moi, l'époque, je la trouve intéressante parce qu'il y a plein de codes graphiques que je peux détourner au niveau de l'architecture, au niveau des costumes, tout ça. Par contre, j'ai pas un souci de réalisme. Je m'en fous totalement. Moi, il faut que ça fasse genre. Moi, ce qui est important dans une bd, c'est le climat, c'est l'ambiance. Si on croit que c'est bon, l'ambiance, si on arrive à faire croire que c'est l'époque, c'est gagné. Je m'en fous à l'arrivée, s'il y a des casse-couilles, des pinailleurs qui diront "c'était pas comme ça à l'époque. Ah non mais c'est pas possible. Ils avaient pas des costumes avec 3 boutons". Il y a des document où on peut rechercher tout ça. Moi, le Paris de l'époque, j'ai surement fait des fautes. C'est pas grave. Si à la lecture, en étant pas pinailleur, on sent l'ambiance générale, c'était ça vraiment mon but. C'est pas un document. C'est pas une bd historique. Surtout pas.

    V.C.: Par contre, ce qui était important, c'est qu'il y ait l'atmosphère et l'ambiance et ça ne peut fonctionner que si on a un fond de documentation.



  • Au niveau doc, moi j'étais impressionné. Déjà sur la doc au niveau de l'univers de la bd, puisque vous m'avez envoyé la description des personnages. Ca va assez loin quand même. Il y a pratiquement l'arbre généalogique.

    R.V.W.: Alors c'est exactement comme ça qu'on a tout le temps travaillé, même sur les décors et tout. Virginie me fournissait 20000 informations, même trop, des choses qui ne sont même pas dans la bd puisqu'il y a en effet la biographie des personnages, des choses qui ne sont même pas dites dans la bd. Et ça m'a permis qu'ils existent vraiment, de dessiner des gens qui, même si le lecteur ne sait pas les choses, existent vraiment pour nous. Ils ont vraiment un passé, chose qui pourra resservir plus tard. Mais il y a vraiment beaucoup beaucoup de détails, ce qui permet, on l'espère, d'avoir réussi que tout ça vit vraiment.



  • Mais même sans l'univers de la bd, au niveau de l'époque, il y a pas mal de références. Moi j'ai vu une des plus évidentes sans doute, à un moment, ils citent madame Blavatsky qui est quand même une des grosses figures du mysticisme au XIXème siècle...

    R.V.W.: Il y a plein de petits trucs pour une deuxième lecture, pour les gens qui ont envie...

    V.C.: En plus, moi je pars toujours du postulat que si tu veux vraiment faire du barjot, du délirant , du fantastique, si tu veux que les gens y croient, il faut glisser 2 ou 3 détails crédibles.



  • En même temps, ces détails crédibles, pratiquement personne va les voir.

    V.C.: Oh ça dépend.

    R.V.W.: Tu les as vu...



  • J'ai vu celui là, je suppose qu'il y en a d'autres...

    R.V.W.: Il y en a d'autres.

    V.C.: Il y a une référence à Théophile Gautier, au roman de la momie. Il y a des références... par exemple, Gyges. Allez, je vais la donner celle là.

    R.V.W.: Allez on donne les clés, SCOOP!

    V.C.: Attention, c'est des scoops, c'est des spoilers. Ca va spoiler à mort. Gyges, en fait, dans la mythologie grecque, c'est un berger qui avait trouvé un anneau d'invisibilité.



  • C'est Frodon?

    V.C.: (rires) C'est Frodon sauf que l'histoire ne dit pas s'il avait de grands pieds poilus. Sinon, Antinoüs par exemple, c'est un personnage réel de l'antiquité, qui a vraiment existé. C'était l'amant de l'empereur Adrien. C'est une icone gay de l'époque.

    R.V.W.: Parce qu'il y a un message gay en fait (rires). On avoue tout (rires).

    V.C.: Non c'est pas ça. C'est que en fait, les mémoires d'Adrien, c'est un de mes bouquins préférés, de Marguerite Yourcenar. Pareil pour le roman de la momie. D'où la référence à Théophile Gautier.

    R.V.W.: Et d'où la réflexion que tu faisais tout à l'heure, il y a des clichés mais mélangés à plein de références littéraires. Ceux qui ont envie de les trouver les trouvent, tant mieux. Moi je pense que c'est un savant mélange entre un truc qui peut être lu très facilement et une lecture un peu plus poussée pour ceux qui ont envie. Je pense que vraiment, c'est ce que désirait Virginie. Je sais pas si moi, j'ai réussi à le retraduire.

    V.C.: Mais si, très bien. Je suis très très contente de son travail.

    R.V.W.: C'était, de toute façon, un peu le but.



  • Sinon, en ce moment, il y a beaucoup de séries qui sortent qui se passent dans la même époque, dans le style steampunk, ca ne vous fait pas trop peur? Depuis la "ligue des Gentlemen Extraordinaire", il y a comme un courant qui se dessine...

    R.V.W.: Ca, c'est pas un problème parce que mon père est de la mafia et il y a un contrat sur tous ces mecs (rires).

    V.C.: Ben, on a pas fait gaffe.

    R.V.W.: Oui, il y a la "Ligue des Gentlemen Extraordinaires", ils ont quand même un univers... C'est en Angleterre, ils ont quand même un univers vraiment différent, vachement barré. Le truc qui est le plus proche mais ça se passe pas à paris, c'est vraiment très anglais, c'est "Fog".

    V.C.: Et puis c'est pas le même ton, "Fog".

    R.V.W.: C'est un ton beaucoup plus noir. C'est très noir. Et nous on est vraiment pas noir.

    V.C.: Ah non, pas vraiment. On est même très multicolores en fait (rires).

    R.V.W.: Nous c'est vraiment léger à coté de Fog. Fog, c'est vraiment très bien aussi, je trouve. Mais c'est glauque, c'est sombre. Je pense pas qu'on soit dans cet esprit.

    V.C.: En plus, faut dire quand même que ça fait longtemps qu'on traine dessus, parce que ça fait plus de 2 ans.

    R.V.W.: Le problème, c'est que les autres nous ont dépassé mais on était les premiers.

    V.C.: Nous on est lents. On est des gens qui allons lentement mais surement. Donc ça fait plus de 2 ans qu'on a commencé à bosser et ça sort bientot.



  • J'ai eu que le scénario, mais j'ai trouvé que l'album était très dense, contrairement aux premiers albums qu'on voit en ce moment qui sont souvent des albums de présentation assez légers. Donc, déjà, pour Régis, c'est pas trop dur à retranscrire?

    R.V.W.: Ah ben ça fait plaisir. J'ai élagué. Ca reste dense et comme je disais tout à l'heure, j'ai élagué. Parce que Virginie, dans une page, elle met...

    V.C.: Attends, parce qu'il n'a eu que les dialogues. Donc sur les dialogues, t'as pas élagué.



  • Non mais avec les dialogues, j'avais une description des scènes, et je me demandais "comment une scène comme ça tient dans une seule case?".

    V.C.: Déjà, t'as eu une version où il y en avait la moitié de viré.

    R.V.W.: Déjà, les dialogues, c'est le seul truc que je ne me permets pas de toucher. Du tout.

    V.C.: De toutes façon, t'as pas intérêt. Je te latte.

    R.V.W.: Voilà, de toute façon, j'ai pas le droit (rires). Mais par contre, elle me file avec les dialogues une description de la scène assez précise. Il y a une colonne décor, une colonne des personnages et des attitudes. Mais là, elle me laisse assez libre de faire comme je le sens. Le truc de Virginie, c'est une page, 15 cases et dans chaque case, 15 bonhommes et 15 bulles. Alors à un moment, tu te dis "bon ben on garde ce qui est essentiel". Donc t'es obligé d'élaguer. ET ça reste très riche. Parce qu'elle en met beaucoup, elle veut expliquer tout, elle veut montrer tout. Et puis aussi parce que, comme je te disais au début, il y a beaucoup de choses à expliquer, parce que le truc du fantôme, c'est plus complexe que ce qu'elle a résumé tout à l'heure. Il peut sortir, rentrer, etc... Il fallait vraiment qu'on pose tout ça pour que l'intérêt prenne. Il fallait vraiment prendre le temps de tout expliquer. Et en même temps, il fallait mettre une petite intrigue que ce soit pas qu'une bd de présentation. Il y a en plus une petite première intrigue.



  • Oui, et puis il y a une vraie fin.

    R.V.W.: Voilà. Il y a une vraie fin qui nous permet de rebondir et de repartir que sur l'intrigue dans le 2ème. Parce que les codes seront bien établis. Dans le 2ème, le lecteur normalement aura compris, on espère.

    V.C.: Ce qu'on voudrait aussi, c'est que les gens... Il y a des gros débats sur Internet. Si jamais l'un de nous 2 décède... Je sais pas, Je peux me tuer demain sur la route...

    R.V.W.: Surtout toi, t'es un peu plus vieille quand même.

    V.C.: Attends, tu déconnes? On a 2 mois d'écart.(rires). Donc on ne sait jamais. A chaque fois on fait une fin. Et plus comme ça, si les gens lisent le premier tome, ça leur plait pas, ils sont pas obligés d'acheter le 2. C'est anti-commercial (rires).

    R.V.W.: En même temps, si, t'as vachement envie de savoir ce qui va se passer parce que Virginie a très bien monté ça. Si les gens ont aimé le 1, je pense qu'ils auront envie de lire le 2. T'as vu? Le dessinateur qui arrive à devenir vendeur. Extraordinaire! C'est les nouveaux mutants (rires). Mais tant mieux que ce soit riche le premier. Moi ça me fait plutôt plaisir comme réflexion. Même, je préfère que ce soit un peu cafouilleux et riche que comme les premiers volumes qui sont souvent que très présentatifs où on montre untel, untel et untel et où l'intrigue commence vraiment qu'au 2ème. On voulait vraiment qu'il y ait plein de choses.

    V.C.: Et puis je pense qu'on avait envie de s'amuser dès le premier aussi. Je sais pas pour Régis, mais pour moi, ce serait pas rigolo de faire uniquement de la présentation sur 46 pages.

    R.V.W.: De toute façon, on est pas très adepte, surtout moi mais Virginie non plus dans façon d'écrire le scénario, des pages où il n'y a qu'une case.



  • Oui et puis là, il y a une vraie fin. Donc on attend quand même une suite à cette histoire, mais comme il y a une vraie fin, vous pourriez vous permettre de partir sur complètement autre chose et mettre l'histoire qu'on attendait au tome 3...

    R.V.W.: Ah oui. On peut dire où ça part le 2ème un peu?

    V.C.: Ah ben ça part, ça part...

    R.V.W.: Ca part hors de France déjà. Ca va voyager. Le premier se passe à Paris, mais le but en fait, c'est le l'emmener à travers le monde parce que graphiquement, le monde de 1900, 1905, à Paris, c'est déjà éclatant, mais ailleurs... Donc ça s'en va vite en dehors de France. C'est le but. Le but c'est aussi de se faire payer les voyages pour la documentation. (rires)

    V.C.: Comme on a besoin de documentation, il va falloir qu'on aille sur place. Et d'ailleurs, je pensais qu'on allait faire le 3ème tome sous-marin, parce que comme ça, on se ferait payer un stage de plongée sous-marine.



    R.V.W.: Et le 5ème tome sur la lune, celui là, on a du mal à le signer.

    V.C.: Ah on sait pas pourquoi. L'éditeur n'est pas d'accord. Pourtant, on a un très bon contact avec la Nasa.

    R.V.W.: On avait réservé et tout. Mais bon, apparement, le 2ème se passe qu'à Sarcelles (rires). Mais ça sort de Paris. C'est un début. Normalement, au 20ème album, on sera à la frontière espagnole. (rires) Non ça va tout de suite en dehors de France, dès le 2ème album. On peut le dire où ça va?

    VC.: Oh, alllleeeeez....

    R.V.W.: Alllezzz. 2ème scoop, on est gentil. Ca va se passer pas mal en Turquie.



  • Je pensais plus à la Grèce.

    R.V.W.: Mouais. C'est un peu le même genre quand même.

    S.C.: Faut pas dire ça à des grecs. C'est à coté. Mais ils vont pas mal voyager, parce que fatalement... fatalement! Je peux pas trop en dire. (rires)

    R.V.W.: Parce que le méchant voyage tout le temps.

    V.C.: Parce que le méchant est insaisissable.



  • Quelle est votre façon de bosser? Régis, on a vu qu'elle te fournit un scénario très construit, très détaillé, mais est-ce que tu interviens au départ?

    R.V.W.: Non, au départ, j'interviens pas. Je donne des idées. On parle de ce qu'on va faire. Je parle dans tous les sens comme je fais là. Et elle essaye de retenir les bonnes idées, au milieu de toutes les pourries que je donne.

    V.C.: Et je prends jamais de note, comme ça, je sais que ce que je retiens, c'est ce qu'il y a de mieux.

    R.V.W.: Après, elle fait son truc de son coté. Je lui dit ce que j'ai pas trop envie de dessiner. Ca, elle écoute pas du tout parce qu'elle a remarqué que moins j'ai envie de le dessiner, plus je me fais chier à le dessiner et mieux c'est. Donc elle m'invente des scènes que j'ai pas envie de faire, genre des bals avec 150 personnes, des trucs comme ça. Et puis une fois qu'elle m'a filé le truc, je lui dis vraiment ce qui me paraît ne pas aller. Et on en rediscute puisque Virginie est une jeune femme ouverte et intelligente...

    V.C.: Oh, je rougis.

    R.V.W.: Donc elle m'écoute, bien que je sois qu'un dessinateur. Elle se dit "peut-être qu'il a quelque chose à dire". (rires) On en reparle. Et en général, j'ai pas grand chose à redire. Et de toute façon, le peu de trucs que je redis, elle dit souvent "ouais c'est vrai, faut revoir ça autrement". Et donc elle me repropose. Et on arrive toujours, pour l'instant, à tomber d'accord très rapidement.



  • Mis à part l'élagage...

    R.V.W.: Non mais l'élagage, elle me le laisse. Elle le sait. C'est l'élagage graphique. C'est à dire que quand elle me fait une case, moi les personnages principaux, je les vire pas (rires). Non mais souvent, elle se fait passer 20000 trucs en arrière-plan.

    V.C.: Par exemple, je vais lui décrire s'il y a un parapluie qui est posé contre un mur, je vais lui décrire par le menu le parapluie, le manche du parapluie, la couleur du parapluie...



  • Comme dans les dialogues que vous m'avez filé, où dans les descriptions, j'ai l'impression qu'il se passe 15 choses dans la même case...

    R.V.W.: Voilà. Des fois, j'ai été obligé d'enlever des trucs qui se passaient quand je m'apercevais, quand j'avais lu la suite, que les trucs n'allaient pas être essentiels. En plus, je me disais que le lecteur n'allait pas se fixer sur l'essentiel. Et donc, j'enlevais des fois parce que ça rendait cafouilleux un peu toute la lecture, les choses qui me paraissaîent moins essentielles, bien que ça donne de la vie. Mais je les ai pas toutes enlevées. Donc ça reste très vivant. Je pense qu'il y a plein de petits détails derrière, qui se passent, et qui sont plutôt sympa dans toute la bd.

    V.C.: Non, et puis je lui fais vraiment confiance. Moi je mets beaucoup de détails parce que je sens les choses comme ça. Mais je lui fais vraiment confiance pour l'interprêter. Et depuis le début, j'ai jamais été déçue. Tant que ça roule comme ça... C'est vrai que franchement, on s'entend super bien. Peut-être que dans 10 ans, quand on en sera à des millions d'exemplaires vendus, hi hi hi....

    R.V.W.: Dès qu'il y a de l'argent, je pense qu'on s'entend plus.

    V.C.: Mais non, tu sais bien qu'on est, enfin moi je suis pas vénale, toi je sais pas...

    R.V.W.: Moi non plus, mais dès qu'il y a de l'argent, on le devient.

    V.C.: Mon mari n'est pas vénal non plus. Toi, peut-être que le jour où tu auras une femme, elle sera vénale. On verra (rires).

    R.V.W.: Ah bon? Faut pas que je me marie? Merde. Notre collaboration tient à mon célibat (rires).

    V.C.: Tu la choisis pas trop âpre au gain, c'est tout (rires).

    R.V.W.: Je la choisis riche déjà. Comme ça, on s'en fout, je dessine pour rien (rires).

    V.C.: Enfin bref, trêve de plaisanterie, avec Régis, j'ai vraiment la chance d'être tombé sur quelqu'un avec lequel on a vraiment une communauté de vue. On a les mêmes gouts, on partage plein de points de vue semblables et pour l'instant, j'ai jamais eu à redire sur ses choix. Quand il a élagué des trucs, c'est rare que je lui ai dit "oh non, tu fais chier, j'y tenais vachement". A chaque fois, quand il a élagué des trucs, c'est des trucs qui étaient accessoires ou des trucs que moi j'avais mis comme ça, pour créer une ambiance et que, s'il les mettait pas, c'était pas très grave. Donc pour l'instant, c'est toujours bien tombé. On a toujours été d'accord. Pourvu que ça dure.




  • Sur le fait qu'il emmène la série vers le coté super-héros?

    V.C.: Ben moi je trouve ça bien. Je trouve ça bien parce que je suis une fille...

    R.V.W.: Je l'emmène, je l'emmène... pas contre son gré. Je lui dis. Je lui dis dans le 2ème "tiens, on en rajoute un peu".

    V.C.: C'est normal. Par exemple, dans le 2ème, il m'a dit "tiens, j'aimerai bien qu'il y ait une scène un peu plus comics". Bon, je vais essayer de lui faire une scène un peu plus comics.

    R.V.W.: En fait, dans le premier, il y a juste une case qui y fait une toute petite allusion. Dans le 2ème, j'aimerai qu'il y ait au moins une scène, genre combat sur les toits. Mais à la façon "franchouillarde" on va dire, parce que j'ai pas le graphisme du tout.



  • Parce que bon, les héros du début du siècle, Arsène Lupin, Fantomas, c'est pas...

    R.V.W.: Mais nous on veut pas rester sur ce type là, on veut aller un peu plus...



  • Un Batman façon début de siècle, je suis pas sûr que ça colle non plus...

    R.V.W.: Mais c'est pas non plus ça qu'on veut faire. Justement, on veut trouver un équilibre entre les 2, et on veut simplement en faire un clin d'oeil à un moment. Ca va pas être que ça.

    V.C.: Non, et puis si on peut le matîner un peu à la sauce Monthy Python, c'est pas plus mal.

    R.V.W.: On part dans tous les sens en fait.

    V.C.: En fait ouais (rires). Non mais là on est en train de communiquer, tous les 2 à l'oral, on bosse comme ça aussi, c'est à dire qu'on part dans tous les sens...

    R.V.W.: Ah tu veux dire qu'on est pas organisé du tout?

    V.C.: Bah, je sais pas, non. T'as l'impression? (rires) Non mais on est tous les 2 très foisonnants, on va dire.

    R.V.W.: On fait vachement au feeling. Si ça nous plait, on fait. On se pose pas trop de question. On fait vraiment pour l'instant sur ce qu'on a envie de faire, de voir. L'éditeur nous laisse le faire pour l'instant. Peut-être qu'à un moment il va nous calmer.

    V.C.: Je pense que le mot d'ordre, c'est qu'il faut qu'on se fasse plaisir. Et puis, j'ai envie qu'il se fasse plaisir à dessiner, et en même temps, j'ai envie des fois de le bousculer, parce qu'il est un peu nerveuso-lymphatique de temps en temps quand même. On peut le dire. T'es pas toujours super bosseur.

    R.V.W.: Ah bon? Ben c'est fatigant de dessiner. (rires)

    V.C.: Voilà, exactement. Donc de temps en temps, j'aime bien le pousser dans ses retranchements. S'il me dit "ouais mais ça, j'ai pas envie", j'aime bien lui en mettre une louche parce que comme ça, je sais qu'il va s'arracher (rires). Comme la scène du bal.

    R.V.W.: Ouais, c'est là que j'élague. Dans la première version du bal, il y avait un danseur (rires). Elle en a fait rajouter 150.

    V.C.: N'empêche que ça fonctionne comme ça. Et bon, par contre, comme moi j'ai pas tendance à être très synthétique et à être très expansive, lui me force à être un peu plus synthétique, à aller plus à l'essentiel. Par exemple, les scènes romantiques, à moins diluer, etc...

    R.V.W.: Oui, j'ai des fois un peu plus, et c'est normal, la vision graphique de la page. Virginie quand elle écrit, elle s'en fout de ça, elle dit que c'est mon boulot et c'est normal. Elle a l'intrigue, son histoire à suivre et puis elle a ses dialogues, qui sont de toute façon immuables. Mais après, graphiquement, moi je lui dis qu'il vaut mieux que la scène soit traitée comme ci ou comme ça, d'un point de vue plus clair et voila.
    Je m'essoufle là (rires). J'ai jamais autant parlé de ma bd (rires).



  • Vous avez la vue sur combien de tomes pour l'instant? Parce qu'à priori, vous n'avez pas un nombre défini de tomes...

    R.V.W.: Ben voilà, on allait te répondre ça.

    V.C.: Par contre, on sait qu'on va fonctionner par arc. Pour ceux qui sauraient pas ce qu'est un arc, c'est une histoire qui se poursuit sur...

    R.V.W.: C'est un truc qui sert à envoyer des flèches? Ah non d'accord.

    V.C.: Alors voilà, ça c'est humour Régis (rires). Enfin bon, un arc, c'est une histoire qui se poursuit sur plusieurs épisodes à la télé. Un cycle. Donc en fait, on fonctionnerait comme ça, par arc. Donc là, il y a l'arc du masque grec. Et après, si ça marche, on partirait sur un 2ème arc, mais le premier se bouclerait en 4 tomes.

    R.V.W.: De toute façon, moi j'aime pas quand il faut attendre le 10ème pour comprendre quelque chose, une révélation. De toutes façons, comme tu avais dit, le truc c'est qu'ils puissent se lire presque séparement.

    V.C.: Et puis surtout, il faut que les gens puissent accrocher à l'histoire sans avoir besoin de... Si un jour on en fait 12 parce que ça marche... Tant que ça nous plaira, on peut continuer, mais c'est certain qu'on va pas en faire pendant 25 ans non plus. Au bout d'un moment, on en aura peut-être marre.



  • Dans les comics, qui marchent aussi par arc, quand on a une fin comme vous avez à la fin du tome 1, le tome suivant peut partir sur complètement autre chose avant de revenir dans le tome suivant à la première intrigue. Là, vous êtes un peu obligés de faire vos arcs les uns à la suite des autres, c'est pas frustrant?

    V.C.: Dans un premier temps, le premier cycle, on est obligé de garder une certaine forme de constance, mais il y a pas mal d'effets de surprise dans le 2ème tome, parce que le 2ème tome, j'ai déjà la trame, qui est déjà assez construite. Il y a juste des petites modifs à faire en fonction de s'il a envie de dessiner des trucs que j'ai pas prévus. Je peux rajouter des petites scènes...

    R.V.W. Des femmes nues. Ah non, j'aime pas les dessiner, les femmes nues.

    V.C.: Ah non, c'est vrai que t'aimes pas ça, toi. Un homme pudique. C'est un gentleman Régis. Alors, pour les jeunes filles, on peut le dire, Régis est un gentleman. En plus, il est très beau garçon (rires).

    R.V.W.: Les mensonges commencent. Jusque là, on avait dit des vérités. On commence à mentir (rires).

    V.C.: Non, mais je lui fais sa pub. Enfin bon.
    Là c'est une histoire en plus, j'adore le méchant. J'aime beaucoup le méchant. D'abord il est très sexy. Etant une fille, j'ai imposé à mon dessinateur, pour une fois, d'avoir un homme sexy dans la bd, un héros qui soit beau, enigmatique, grand brun ténébreux...



  • Oui mais c'est pas le héros, c'est le méchant...

    V.C.: C'est le méchant mais en même temps, il a des excuses. Il a des circonstances atténuantes. Enfin ça, on va pas trop en dire non plus. Mais en tout cas, c'est le genre de mec pour lequel on peut craquer facilement. Moi j'ai envie de le connaitre un peu mieux.

    R.V.W.: Et puis pour l'instant, effectivement, sur les 3 premiers volumes, ils ont une histoire à régler avec ce méchant. Et à un moment, elle va être réglée, de toute façon. Et je veux qu'elle soit réglée, parce que j'ai pas envie qu'il y ait un unique méchant. Il faut pas que ce soit le Olrik de Janus. Donc les 3 premiers volumes, c'est lui. Mais après, il faut qu'il y ait d'autres sources du mal, pour pouvoir un peu s'amuser. Et voilà, de toutes façon, il y aura des cycles différents.

    V.C.: En tout cas, je pense que le fait d'avoir un personnage masculin sexy par tome, ça va devenir une règle (rires).

    R.V.W.: Les gens n'ont pas encore vu le dessin mais je n'ai pas un dessin sexy (rires). On fait ce qu'on peut.

    V.C.: Si si, sur le méchant, t'as fait un effort formidable je trouve.

    R.V.W.: Sur 2, 3 cases oui... Il me ressemble (rires).

    V.C.: C'est vrai, c'est tout à fait toi. La barbiche en moins.



  • Donc un premier cycle, et après, vous verrez?

    V.C.: Après ça dépendra déjà de l'éditeur parce que c'est généralement lui qui va décider. Déjà, faut qu'on arrive jusqu'au bout de ce cycle là. C'est toujours la même loi des ventes. On travaille pas pour les petites soeurs des pauvres.

    R.V.W.: Et puis ça dépend si ça rencontre vraiment un public ou pas. C'est pas du tout forcé pusque tout ça est régi par des lois que je ne maîtrise pas.

    V.C.: Moi non plus. Celui qui connait la recette, il peut nous la filer. Ca pourrait être sympa. Et puis je lui donnerai ma recette des briques au chèvre et au saumon. C'est un échange de bons procédés.

    R.V.W.: Un échange assez valable.

    V.C. : Bah ouais, c'est valable, recette exclusive.

    R.V.W.: Apprendre comment faire un succès contre un fromage.

    V.C.: C'est un peu plus subtil que ça quand même.



  • Bon, j'ai plus de question.

    R.V.W.: Ca tombe bien. On a plus de réponse.

    Merci à vous.


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